Plongée au coeur des arènes espagnoles entre les yeux hagards des taureaux et ceux d’un jeune et déjà célèbre torero, le premier documentaire d’Albert Serra ne laisse pas insensible. En salle.
Grandement commentée au XXème siècle par de nombreux intellectuels et artistes (Bataille, García Lorca, Cocteau, etc) le spectacle de la mise à mort de taureaux s’est, évolution des sensibilités faisant, de plus en plus renfermé sur les terres qui l’ont vu naitre et qui comptent encore un nombre substantiel de soutiens. Dans le film de Serra il n’est ni question de traditions, d’intérêts économiques ou encore de philosophie, les images montrent simplement les différentes étapes de ce spectacle, alors même que toutes ces interrogations et bien d’autres sont là prêtent à jaillir au moindre effet de montage. Frontalement et en plan rapproché, Serra nous fait tomber dans une spirale de mises à mort. Dans un costume bien plus flamboyant que celui que l’on prête à la grande faucheuse, Andrés Roca Rey et ses dévots voyagent en mini-bus d’arène en arène pour semer la mort dans des jaillissement de piques et autres épées, miroitement d’une masculinité sans cesse réaffirmée grâce à un jeu pipé. Une fois les moues et autres rictus d’attaques transformé.e.s en victoires sur tous ces « hijos de puta » à quatre pattes, les « cojones » grossissent à vue d’oreilles dans les bouches de la cuadrilla, avant que leurs lèvres n’embrassent à nouveau leur Vierge protectrice. Aucuns commentaires de la part de Serra, on y interprète ce que l’on veut tout en ne pouvant échapper un seul instant à ce délire morbide. Tant d’horreurs pour quelques frissons virilistes que l’on se demanderait même si tout ça n’est pas que du cinéma. Si seulement…